Lauréate du 36e Concours de nouvelles
Photo : Photo : Rodolphe Lasnes
XYZ. la revue de la nouvelle est fière de dévoiler que la 36e édition de son concours annuel a été remportée par Karine Légeron pour son texte intitulé « Les fleurs du tapis ». Sa nouvelle a été sélectionnée parmi plus de quatre-vingts textes.
Le jury, composé de Mélissa Verreault, de Simon Brousseau et de Jean-Michel Fortier, a été unanimement séduit par l’arc narratif efficace de cette nouvelle, dont le point focal surprenant, un tapis rapporté d’Iran, traverse le récit tourmenté d’une femme dont le couple se désagrège malgré elle. Le texte, en jouant sur les temporalités et le point de vue, déplace habilement la posture du personnage jusqu’à en faire une voyeuse désespérée. L’ingéniosité de la chute évoque subtilement le réalisme magique et le conte.
Bretonne d’origine et Québécoise d’adoption, Karine Légeron vit à Montréal depuis 2001. Elle a publié le recueil de nouvelles Cassures (Sémaphore, 2015), le roman Nos vies de plume (Leméac, 2019), le roman par nouvelles Prendre lieu (Leméac, 2022), ainsi que plusieurs textes dans des revues ou des ouvrages collectifs, notamment un récit consacré à son expérience en Arabie saoudite paru dans le recueil Hors de soi (Tête Première, 2023). Elle a également codirigé deux ouvrages publiés par La Traversée – Atelier de géopoétique. L’écriture des lieux est au cœur de sa pratique. Elle est doctorante en littérature et chargée de cours en créa- tion littéraire.
La nouvelle «Les fleurs du tapis» paraîtra dans le numéro 167 «Sorcières», en août 2026. À l’occasion du lancement de ce numéro, la lauréate se verra décerner un prix de 2 000 $.
« Les négociations avaient semblé durer des heures, ils avaient simulé plusieurs sorties, dont une qui les avait menés jusqu’au coin de la rue, avaient prétendu s’intéresser à un kilim rouge dont ils ne voulaient rien savoir, et tout du long, le cœur d’Esther battait la chamade, entre l’espoir et la crainte. Le soir, à l’hôtel, ils avaient poussé les meubles pour dormir sur le tapis déroulé au milieu de la chambre. C’était ce qu’elle avait possédé de plus beau.
Non, jamais elle n’aurait laissé Simon mettre le persan devant la cheminée. Et pourtant il est là, posé si près du feu que la soie chatoie dans la lueur des flammes, les mille bleus dansent, et elle attend le moment inévitable où une bûche éclatera en projetant un tison. »
« Les fleurs du tapis », Karine Légeron