La magie dans chaque rencontre

Sophie Grenier-Héroux, Limoilou. Contes d’hiver, Longueuil, L’instant même, 2025, 120 p.

            En 2025, au théâtre Premier Acte de Québec, le spectacle Les contes à passer les temps a fêté ses quinze ans. Chaque fin de décembre, des comédien·ne·s célèbrent Noël en jouant des monologues mêlant vie quotidienne et ambiances magiques. Depuis 2012, Sophie Grenier-Héroux écrit l’un des textes joués durant ces soirées ; elle en a réuni six dans ce livre. Chaque monologue théâtral est devenu une nouvelle, mêlant récit en prose et tournures poétiques, évoquant Un chant de Noël de Charles Dickens (1843), et s’enracinant ainsi dans cette tradition de contes du merveilleux.

            Que l’on habite à Québec ou bien qu’on y soit seulement de passage, on peut se promener dans Limoilou avec le livre dans les mains. Les trajets choisis relieraient les lieux cités dans les six histoires, et on reconnaitrait peut-être certains personnages dans les piétons.

            Sophie Grenier-Héroux rend souvent visible des personnes seules, sans famille avec qui célébrer Noël, et dénonce implicitement l’individualisme qui caractérise notre société. Ces êtres solitaires se croisent cependant et improvisent à tâtons des dialogues, des moments de bonheur partagé qui, quelquefois, perdurent.

            Dans la nouvelle ouvrant le livre, « Poutine de Noël », le vagabond Roger gagne au Casse-croûte Pierrot, en plus d’un repas chaud quotidien offert par la gérante, une nouvelle identité sociale. Dans un autre coin de Limoilou, l’infirmière Cathy Blouin, qui apparaît dans « Des confettis pour Noël », raconte son travail à domicile chez madame et monsieur Garneau. Par ses soins, elle essaie d’apprivoiser le couple, tout en restant impuissante devant la mort qui s’approche inévitablement. Chaque narration à la première personne est nourrie par des parenthèses poétiques, intimes et métaphoriques, caractérisant les rencontres entre les personnages, et montrant ainsi l’alchimie heureuse qui se produit à l’instant où l’on s’intéresse à l’autre.

            Une nouvelle, « Des lucioles en hiver », se distingue en nous plongeant dans une réalité magique. On y trouve Géant, être humain mais aussi symbolique traversant les générations, qui s’occupe chaque hiver d’un pont de glace reliant L’Isle-Verte et Cacouna ; et celle qu’on nomme « le bébé miracle », née sur ce même pont et dont on suivra les errances entre le parc Cartier-Brebeuf, le pont Dorchester, et la rivière Saint-Charles. À travers une description onirique de ce pont de glace, l’autrice nuance de lyrisme la connivence que les deux personnages créent entre eux et souligne l’importance de leur engagement dans la création de « ponts affectifs »entre les gens.

            Limoilou. Contes d’hiver est à lire avec une tasse de thé ou de chocolat chaud, et peut-être à découvrir à deux ou à plusieurs, en se le passant de main en main et en le lisant à voix haute pour les autres.

Mattia Scarpulla

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