Ambivalences sentimentales
Hiromi Kawakami, Un matin légèrement nuageux, Paris, Picquier, 2024.
Aux belles éditions Picquier, qui se consacrent exclusivement à la publication d’œuvres traduites provenant d’Asie, paraissait dernièrement un recueil d’Hiromi Kawakami, une autrice relativement peu connue dans la francophonie. On le notera au fait que moins de la moitié de ses œuvres ont été traduites en français alors qu’elle a gagné une foule de prix au Japon, notamment dans le domaine de la nouvelle.
Les seize textes qui composent Un matin légèrement nuageux sont tous narrés par des femmes dont les tribulations amoureuses ne cessent de se complexifier. La plupart des nouvelles portent comme titre un objet qui devient souvent indirectement le point focal du récit. Les plus intéressantes sont celles dans lesquelles un léger glissement de la narration fait basculer la lecture du côté du fantastique. L’amour devient alors pleinement une forme de mystère (« Le couloir », « La clé »). Dans ces univers délicats, où l’autrice fait souvent preuve de finesse, l’humour vient subtilement agrémenter le propos (« Belles-de-jour ») ou alors c’est la mélancolie qui permet d’aborder les amours difficiles de manière touchante (« La couleur froide de l’ivoire »). Il arrive cependant que la subtilité du propos tombe un peu à plat. À côté de narrations où des femmes fortes expriment pour elles-mêmes leurs propres contradictions, on lit aussi des pages qui ne sont pas toujours exempts de mièvreries. En définitive, un recueil qui contient des textes intéressants, mais qui reste inégal.